Douze histoires mettant en scène des femmes (ou des adolescentes, ou des gamines) aux prises avec la tranquille banalité du mal. Et un art tout en demi-teinte que la critique n’a pas hésité à comparer à celui de Raymond Carver. Publié en 2000, ce recueil de nouvelles (premier livre de Victoria Lancelotta) a été salué par la presse américaine comme l’une des révélations de l’année.Douze récits (dont l’héroïne est toujours une femme) pour nous dire – ou nous rappeler – que ce que nous croyons être la banalité des jours se situe souvent tout au bord du gouffre ; que la frontière entre normalité et folie est impossible à tracer ; que nos petits bonheurs sont rongés par l’angoisse ; que l’enfance ni l’adolescence – surtout celles des filles – ne sont les verts paradis qu’on a dit ; et que de la médiocrité de ce qu’on appelle la vie émane pourtant comme un bizarre parfum d’éternité…Une femme en révolte contre son éducation religieuse vit avec un aveugle et lui offre chaque soir un strip-tease de sa façon… Une gamine de quatorze ans fait l’expérience du « premier baiser » et n’en tire rien de ce qu’on lui avait promis… Une femme qui court après l’amour de bar en bar peine à dénicher l’oiseau rare… Une adolescente observe dans l’ombre les ébats amoureux de sa soeur, et constate que son père lui-même ne rechigne pas à jouer les voyeurs… Une femme mariée se souvient de la seule passion qui a compté dans sa vie : elle était encore gamine, et l’aventure n’a duré qu’une nuit… Deux amants voient leur amour littéralement dévoré par la « malbouffe » ambiante, et ne sont pas loin d’en venir au cannibalisme pour arranger ça… Une femme défigurée à la suite d’une agression reçoit dans sa chambre d’hôpital la visite de son frère, avec qui elle a eu dans son adolescence des relations plus que troubles… Une autre croit fuir dans le travail le destin qui la guette : elle a compris, le jour où sa jeune soeur s’est noyée, que le monde et ceux qui le peuplent n’ont d’autre raison d’être que de vous détruire… Une autre encore refuse d’aller à l’enterrement de son père, révélant – peut-on croire – qu’elle a eu avec lui de drôles de rapports… Une petite fille est fascinée par les pieds des hommes, et découvre que sa grand-mère partage cette même obsession… Une adolescente se retrouve toute déboussolée par un séjour dans la maison de ses grands-parents ; devenue grande, elle établit un rapport entre cet épisode dérangeant et sa manie de rouler sans but sur les routes… Une femme quitte son mari et son fils et se retrouve seule : doit-elle se suicider… ou simplement constater que sa vie n’a jamais été qu’un lent suicide ? Ce qui surprend ici, c’est le calme avec lequel le pire nous est conté. A moins que le pire, justement, ne soit que l’autre nom de la répétition tranquille du mal, en nous et autour de nous… Point de révolte, à peine d’amertume dans ce constat… mais un sentiment assez bouleversant d’inquiétante étrangeté face à ce qu’il est convenu d’appeler le réel.



Paru le 14 février 2003
Traduit de l'anglais par Bruno Boudard
Genre : nouvelles
192 p.
15 €
ISBN : 2859408800
Zones géographiques : Etats-Unis






Écoutez : voici une histoire d’amour. Portant voiles de poupée et souliers vernis, nous nous dirigions vers l’autel à la queue leu leu, la tête penchée, nos mains tremblantes jointes à hauteur de poitrine et, avant de nous agenouiller devant le prêtre pour recevoir l’hostie, nous nous approchions de la statue de marbre où, après une génuflexion, nous nous signions en pénitence de nos péchés à venir puis embrassions le pied de pierre glacé du Christ...