Franz Anton Mesmer ou l'extase magnétique, par Jean THUILLIER
Médecin, biologiste et romancier, Jean Thuillier, entré en littérature dans les années 60 sous la houlette de Roger Caillois, était particulièrement bien placé pour éclairer sous un jour nuancé l'un des figures les plus contreversées de l'histoire des sciences : celle de Franz Anton Mesmer (1734-1815), découvreur du « magnétisme animal » et le premier à expérimenter, cent ans avant Charcot et Freud, les vertus thérapeutiques de l'hypnose.Traité de charlatan par les médecins de la vieille école, qui enrageaient surtout de voir la bonne société du siècle des Lumières se presser à ses consultations — et assurer par là sa fortune —, Mesmer aura sans doute été un homme d'affaires avisé. Mais Jean Thuillier, qui nous invite à le suivre pas à pas à travers tous les salons d'Europe, analyse aussi en médecin la valeur de ses idées et nous apporte la preuve qu'il fut un savant sincère, en tout cas le contraire d'un cynique : un homme qui doutait, n'hésitant pas à avouer qu'il n'arrivait pas à cerner la causalité logique de son pouvoir hypnotique.Que Freud, dans une phrase célèbre (« C'est la psychanalyse qui gère désormais l'héritage de l'hypnotisme »), l'ait clairement désigné comme l'un de ses prédécesseurs, aurait dû nous faire mieux mesurer l'importance de Mesmer, père d'une médecine « douce » à l'écoute de ce qu'on n'appelait pas encore les énergies vitales. Que le grand magnétiseur qui si bien fascina Hoffmann et les Romantiques allemands ait été en son temps l'ami intime de Mozart — avec qui il lui arriva de jouer à quatre mains — devrait vous être un autre signe : et nous rappeler que l'art de soigner les hommes ne saurait privilégier indéfiniment l'efficacité à court terme au détriment des équilibres subtils qui en secret régissent notre corps et notre esprit.Disqualifier les intuitions de Mesmer sous prétexte que la médecine dite moderne s'est en partie construite contre elles apparaît dès lors comme un abus. D'autant que sa vie, conduite au galop et racontée de même dans ces pages, nous révèle un grand vivant : un de ces personnages rares dont les idées ont pu être battues en brèche mais dont l'existence, mieux qu'aucune autre à l'unisson de son époque, est en soi une réussite. Ce dont le lecteur d'aujourd'hui, qui ne connaît d'autre réalité que celle de son plaisir, n'aura jamais fini de le remercier.

Paru le 24 septembre 2004
Genre : biographie
368 p.
20 €
ISBN : 2752900236
Zones géographiques : Italie

Ronald Golon, prince archevêque de Constance, est profondément contrarié. Le calendrier de chasse prévu avec son grand veneur pour le mois de novembre coïncide, en cette année 1746, avec des fêtes religieuses auxquelles il ne peut se soustraire. D'Augsbourg à Munich et à Vienne, on connaît la passion du prélat pour la vénerie. On murmure même qu'il lui sacrifie certains devoirs de sa charge et le prince ne veut pas laisser accréditer cette rumeur.Après avoir réfléchi, l'archevêque a tranché. L'anniversaire du concile de Constance sera célébré avec la Saint-Martin, le 11 novembre, la Sainte-Cécile qui tombe le jeudi 22 sera reportée au dimanche 25, cela donnera trois jours de plus au maître de chapelle pour terminer son oratorio. Quant à la Saint-Hubert, on lui consacrera une journée entière à l'abbaye d'Oberzell. La décision est habile, ingénieuse, et Ronald sourit de sa ruse. Son grand veneur, Jakob Mesmer, demeure à Iznang, juste en face de l'abbaye d'Oberzell dans l'île de Reichenau où sont formés et remisés les équipages.La veille de la Saint-Hubert, Ronald Golon a passé la nuit chez les bénédictins d'Oberzell, à quelques lieues des enceintes de chasse. Le lendemain, bien avant l'aube, il a concélébré la messe avec le père abbé, chasseur comme lui, en présence du grand veneur venu les chercher. Jakob Mesmer les a conduits à la pointe de l'île, à Niederzell où est réuni l'équipage. L'archevêque veut que l'on chasse « à la française », avec tenues hautes en couleur, trompes, cavaliers et meutes, et le grand veneur, au carrefour, a passé en revue ses hommes avant le rapport, avec une particulière attention pour son plus jeune fils qui participe à la chasse.