Contes d'ovide, par Richard HUGHES
Première traduction en français des Contes d'Ovide (1997) du grand poète anglais Ted Hughes (1930-1998). Ovide non point « revisité » mais rendu à lui-même par l'un des plus grands génies « païens » de l'époque.
`On n'en aura jamais fini aves les Métamorphoses d'Ovide. Picasso y a puisé sa plus haute inspiration, nous rappelant à l'occasion que le vieux poète latin restait, contre tous les vents et toutes les marées de l'histoire, un Moderne. On peut même dire que la poésie occidentale n'a jamais cessé de réécrire les Métamorphoses… et Ovide ne s'en offusquera pas, qui dans son livre déjà se contentait (si l'on ose dire) de reprendre à sa façon toute une brassée de mythes cueillis dans le jardin des anciens Grecs.
Il le postule d'ailleurs presque clairement dans son livre le plus illustre : la poésie, à l'image du monde et de ses habitants, est avant tout métamorphose, éternelle réécriture du même. Ted Hughes glisse donc sans vergogne son pied dans la sandale du poète et nous fait réentendre sa voix dans une langue qui serait la nôtre. Réentendre n'est au reste pas le mot. Tout se passe ici comme si nous entendions Ovide pour la première fois. Depuis deux mille ans et plus, les traductions « fidèles » transposaient Ovide avec un scrupule qui avait fini par nous le rendre inaudible. Vingt siècles de christianisme et de respect transi avaient réussi à affadir cette poésie violemment barbouillée d'humour et de sang.
Shakespeare, s'il en avait eu le temps, aurait pu réécrire les Métamorphoses. Ted Hughes l'a fait à sa place (en 1997… après avoir porté ce livre, semble-t-il, tout au long de sa vie), et on ne le remerciera jamais assez. Comme on ne remerciera jamais assez Patrick Reumaux, poète lui-même et prince de l'inconvenance, d'avoir mis sa main, en notre langue, au service de cette entreprise parfaitement folle. C'est-à-dire parfaitement sage.

Première édition : 7 mai 2002
Préface de Patrick REUMAUX
Traduit de l'anglais par Patrick REUMAUX
Genre : poésie
192 p.
18 €
ISBN : 2859408266
Zones géographiques : Italie

Maintenant je suis prêt à dire comment les corpsSe sont changés en d'autres corps.Je convoque les êtres surnaturelsQui ont d'abord donnéAux métamorphosesLe visage de la vie.Vous l'avez fait pour vous divertir.Descendez une fois encore, je vous en prie, pour de nouveauRanimer ces merveilles.Révélez exactementComme elles ont été accompliesDepuis l'origineJusqu'à ce jour.Avant la mer ou la terre, avant même le cielQui contient tout,La Nature ne portait qu'un seul masque —Appelé, depuis, Chaos.Un énorme agglomérat informe.Une bouillie de tout… maisComme avortée.Et l'arsenal complet de l'entropieDéjà en guerre à l'intérieur. Aucun soleil ne montrait une chose à l'autre,Aucune luneNe jouait avec ses phases dans le ciel,Aucune terreNe tournait dans l'air vide sur son propre noyau,Aucun océanNe lézardait ni ne rôdait par les longues plages.La terre, la mer, l'air, tout était làMais pas pour être foulé ou sillonné.L'air, simplement l'obscurité.Tout n'était que fluide ou vapeur, forme sans forme.Chaque chose hostileA chaque autre chose : partoutLe chaud combattait le froid, l'humide le sec, le mou le dur,et l'impondérableRésistait à la pesanteur.Dieu, ou quelque artiste aussi ingénieux,Commença le tri.La terre ici, le ciel làEt la mer là.En haut, la stratosphère céleste.En bas, tout ce qui est nuage et tout ce qui est vent.Il donna à chacun sa place,Son indépendance, un regard neuf jeté sur alentour.Chacun étant en harmonie,En résonance avec les autres,Tout comme les cordes qui feraient un jourVibrer le dôme de la tortue.Le tourbillon igné du cielGagna les hauteurs…L'air, heureux d'être indolent,S'étendit entre ce domaine et la terre Qui reposa au fond,Engorgée de lourds métauxEt encerclée d'eaux légères.Quand l'ingénieux artisteEut contrôlé la masseEt décidé des divisions cosmiquesIl roula la terre en boule.Puis il ordonna à l'eau de s'étendre,De faire des vagues selonLes quatre volontés des ventsEt de se ruer sur les rives.Il fit jaillir les sources, apparaître les étangsProfonds et sombres,Les lacs exquis et miroitants.Il enseignaAux fleuves têtus et conducteursA respecter leurs berges — à verserUne part de leur délice dans l'obscur de la terreEt à faire don du reste à l'océanPour qu'enfle le vacarme des rivages.Puis il apprit aux plainesA onduler jusqu'à l'horizon,Aux valléesA se faire profondesEt aux montagnes à se dresserEn arquant le dos.Partout il fit comprendreA l'arbre ce qu'est une feuille.Ayant dessiné la carte du ciel —Deux zones à gauche, deux à droiteEt une cinquième plus brûlante, au milieu —Le Sage fit de même Pour diviser le globe terrestre :Une zone médiane inhabitableSous le feu,Deux autres sous la neige profondeEt entre elles deux zones tempéréesFaisant alterner le chaud et le froid.